Pour son nouveau partenariat avec L’Union Tarbes Lourdes Pyrénées, Yvette met le parquet. Toute la saison, on va suivre les aventures du club bigourdan qui monte. Ses rookies, ses stars, ses coulisses, ses joies et ses peines. Et on commence avec l’interview du head coach, le cerveau qui pose le cinq majeur sur l’ardoise, Stéphane Dao. Il ne passe pas ses week-ends à Rome, mais au palais des sports du quai de l’Adour à bâtir une équipe pour la Pro B.
Yvette : Les grands coachs ne sont pas forcément les anciens grands joueurs, non ? Et vous, quel niveau avez-vous eu comme basketteur et comment êtes-vous devenu entraîneur ?
Stéphane Dao : …comme les grands joueurs ne deviennent pas forcément des grands coachs. J’ai joué en N2 (ex 3e division) après avoir fait sport-études. J’ai tout de suite voulu coacher, à 25 ans déjà j’avais pris l’équipe jeune du club parisien où j’évoluais pour le championnat espoirs régional, c’était la guerre !
Y. : Avec Toulouse, vous étiez passé à deux doigts et un match de la Pro B, suite à cette aventure, vous avez dû recevoir des offres de clubs supérieurs, qu’est-ce qui fait que vous êtes venus à Tarbes ?
S.D. : On venait tous les étés faire le tournoi ici. Je connaissais déjà les dirigeants et la structure, je savais que c’était un club ambitieux. J’ai eu d’autres contacts, mais j’ai dit oui tout de suite à L’Union. C’est aussi une histoire d’équilibre familial. Après Toulouse, je savais qu’on serait bien ici.
Y. : Dans votre fratrie, vous êtes celui qui a hérité du don du basket de votre père qui était entraîneur de l’équipe de France de 75 à 83. Est-ce qu’il regarde vos matchs, est-ce que vous échangez beaucoup avec lui ?
S.D. : Il suit quand il peut et sinon il regarde les feuilles de stats. On en parle souvent. On aime s’appeler. Ce n’est pas vraiment un débrief, mais une conversation entre un papa et son fils qui adorent parler basket. Mes parents ne m’ont pas poussé, ils voulaient d’abord que je termine mes études et j’ai passé une maîtrise de droit.
Y. : Vous qui avez connu beaucoup de clubs, honnêtement il est comment le public d’ici ?
S.D. : J’adore, il pousse l’équipe. Je dis souvent qu’il est plus facile de faire du vélo avec le vent dans le dos. Notre public, c’est le vent dans le dos de l’équipe. Un gros plus, surtout quand on est moins bien. La salle est copieusement garnie à tous les matchs, l’engouement est là et pour le garder j’explique aux joueurs qu’il faut toujours tout donner, là le public peut pardonner la défaite.
« Je dis souvent qu’il est plus facile de faire du vélo avec le vent dans le dos. Notre public, c’est le vent dans le dos de l’équipe. »
Y. : Valentin Yedra, le coach assistant, était là avant votre arrivée. C’est comment de bosser avec le fils du patron [son père Didier Yedra est le co-président du club] ?
S.D. : Je connaissais déjà bien Val. Il avait repris le club en situation délicate et l’avait sauvé de la descente en N2. C’est quelqu’un de valeur, technique et tactique, mais aussi humaine. Plein d’humilité. Avec son père, ils sont très famille, mais ne le font pas du tout ressentir et c’est tout à leur honneur. Ses compétences font qu’il s’impose naturellement.
Y. : Quel regard vous portez sur la disparition du club « sœur » le TGB ? Est-ce que vous sentez l’engouement se reporter sur vous ?
S.D. : Je suis triste pour eux, pour les gens qui suivaient, les bénévoles et le secteur sportif, les joueuses de toutes catégories. Mais que peut-on y faire ? L’engouement était déjà là avant, ça ne nous a rien apporté, on n’a même pas récupéré les ballons, ils ne font pas la même taille.
Y. : Qu’est-ce que vous pouvez bien raconter sur votre ardoise blanche pendant les matchs quand il y a un temps mort ?
S.D. : Je fais des petits dessins… C’est pour appeler une forme de jeu, s’adapter à la situation en attaque ou en défense. Jacques Monclar, un grand entraîneur, disait qu’on ne s’imagine pas le nombre de décisions que prend le coach ou le staff sur un match. C’est dans la seconde qu’on décide d’un temps mort, d’un changement ou de l’attaque suivante.
« On ne s’imagine pas le nombre de décisions que prend le coach ou le staff sur un match »
Y. : On vous voit parfois, souvent, frustré sur le banc, est-ce que dans la vie vous êtes plutôt calme ou sanguin ?
S.D. : Au basket je suis sanguin, ce qui aboutit à de la frustration. Dans la vie je suis plutôt quelqu’un de raisonné. On a déjà beaucoup d’émotions dans notre métier, j’essaie d’être au calme avec ma famille, des amis, et de voir des gens extra-basket parce que sinon on pense basket même la nuit. J’écoute beaucoup, on a beaucoup à apprendre des autres. Je n’aime pas les gens catégoriques.
Y. : Comment fait-on pour diriger et parfois engueuler des mecs qui font 40 cm de plus ?
S.D. : On a peur… Non, sur le terrain, je parle au joueur et en dehors je parle à l’homme. Avec le joueur je suis des fois très méchant. Avec l’homme, je suis compréhensif. Je ne passe pas mon temps à faire des entretiens, mais on communique beaucoup. Ils se permettent de m’appeler le week-end et d’anciens joueurs sont restés des amis. On s’appelle. Je suis d’une génération où je préfère parler directement que communiquer sur WhatsApp ou les réseaux sociaux. Quand on parle, je sais qu’ils ne sont pas sur les écrans.
Y. : Quand est-ce que votre équipe vous fait kiffer ? Elle doit produire du beau jeu ?
S.D. : J’ai toujours été un coach offensif, mais cette année on a voulu changer les choses après s’être fait tabasser en playoffs face au Havre. Quand tout allait bien on était injouables, mais maintenant quand ça ne va pas bien, on ne va pas prendre de run, on se bat. Ça fait sans doute moins de spectacle pour ceux qui attendent des paniers du milieu de terrain, mais l’agressivité en défense c’est beau aussi. Mon vrai plaisir, c’est quand l’équipe gagne et c’est de courte durée, juste le temps de la soirée.
« L’agressivité en défense c’est beau aussi »
Y. : Vous avez des joueurs majeurs blessés en ce moment, et ils assistent au match avec le groupe…
S.D. : Ils le font d’eux-mêmes. Quand on recrute, on fait autant attention à la mentalité, à la personnalité du joueur, qu’à son talent. Je veux par-dessus tout qu’il y ait une bonne ambiance dans le groupe. Je leur dis que même si c’est contre l’entraîneur, ce qui compte c’est d’être tous ensemble.
Y. : Quel est votre rêve ? Coacher en Pro A ?
S.D. : Pas du tout ! À mon âge, on n’est plus carriériste. Le confort de vie et l’ambition du club comptent davantage. Je dirais donc : gagner le prochain match !
Y. : Est-ce que vous allez prier à Lourdes pour monter en pro B ?
S.D. : Quand on prie, il y a plus important que sa propre personne et que de gagner un match.
Y. : Pourquoi le basket est le meilleur sport ?
S.D. : Je n’ai jamais pensé que c’était le meilleur des sports. J’adore aussi le rugby et les sports de raquette. Celui-ci [Il montre Valentin Yedra] m’a initié au padel.
Y. : Pour finir, quelle est votre chanson préférée de votre homonyme, Étienne ?
S.D. : Je n’ai pas d’homonyme, ça ne s’écrit pas pareil et je ne suis pas un grand fan, vous l’aurez compris. J’écoute de tout, je suis obligé avec les joueurs, mais j’ai un faible pour les années 80.
Photo : Raphaël Guichard (@Iam.phrame)













































































